LE BATEAU IVRE
10’55”, 16/9, HD footage+frame by frame animation, 2011
Directed by Sara Bonaventura

This video is inspired by Rimbaud’s poem.
Attempting a visual tribute to a visionary prophecy. A synesthetic journey between ecstasy and debasement, ocean and desert.
An errant drunken boat is a metaphor of life suspended between light and darkness, exiled or lost.
With a nostalgia for something which never was but always will be. A modern ship of fools. Dedicated to my grandaddy.
Music: Fabio Orsi, Picture myself in a cloud, part II
Reading: Anne Claire Gorin

Featured On/Screenings:
Frizzifrizzi Magazine (ITA), 2014
Spazio Barnum, Bologna (IT), 2014

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs:
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots!

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour!

[...]